TADOW
// CH_03

La Découverte de Tundé

LOC:Cotonou, Tour Kouassi (50ème étage) & Rue des BanquesDAT:13 Octobre 2060 (Deux heures après le départ de Sètondji)POV:Tundé Kouassi

I. Le Silence des Ruines Dorées

Tundé Kouassi était seul dans le bureau de son père. Le silence n'était pas total. Il y avait le bourdonnement bas de la climatisation centrale, le sifflement lointain des ascenseurs magnétiques qui montaient et descendaient dans la colonne vertébrale de la tour, et le bruit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ de sa propre respiration, saccadée, comme celle d'un homme qui vient de courir un marathon sans bouger de sa chaise.

Il était toujours assis sur le fauteuil en cuir de buffle noir. Ce fauteuil qu'il avait convoité toute sa vie. Il avait rêvé du moment où il s'y assiérait légitimement. Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ avait imaginé la cérémonie, les bulles de champagne, la main lourde de son père sur son épaule : "C'est à toi maintenant, fils. Fais mieux que moi." Il n'avait pas imaginé ça. Il n'avait pas imaginé le vide.

Son père était parti. Vraiment parti. Il avait laissé une mallette vide, une truelle usée dont ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ le manche en bois portait encore l'empreinte grasse de la sueur de ses débuts, et une photo holographique d'Aya. L'hologramme, un modèle haut de gamme de chez Sony-Neuro, continuait de sourire bêtement dans le vide, les photons s'entrechoquant pour créer l'illusion de la vie. Elle répétait en boucle un rire ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ cristallin, enregistré il y a quinze ans lors d'un dernier été à Assinie, avant que le silence ne s'installe. Ce rire, jadis source de joie, sonnait désormais comme le grincement d'une porte rouillée dans un cimetière. Et il avait laissé ce mot gribouillé à la hâte sur du papier à en-tête ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ de la présidence, l'encre encore fraîche, bavant légèrement : "Adieu." Juste cinq lettres. Cinq lettres pour effacer vingt-cinq ans de promesses.

Tundé se leva brusquement, comme propulsé par un ressort invisible. La rage, froide et liquide, commença à remplacer le choc catatonique. Il s'approcha de la baie vitrée. Dehors, Cotonou s'étendait à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ ses pieds, une mosaïque de lumières et d'ombres. C'était sa ville. Son père l'avait construite, mais c'était Tundé qui devait la gouverner. Il connaissait chaque immeuble, chaque contrat public-privé, chaque pot-de-vin versé pour l'obtenir. Il posa sa main sur la vitre froide. La condensation forma une auréole de buée autour de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ ses doigts. — Il ment, murmura-t-il, sa voix se brisant dans le silence feutré. Il bluffe. On ne liquide pas un empire comme ça. Pas en une heure. C'est une leçon. Il veut me faire peur. Il veut voir si j'ai les reins assez solides pour gérer une crise majeure. C'est ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ un de ses p***ins de tests de gestion de stress.

Il se retourna vers le bureau massif, un bloc d'ébène qui semblait absorber la lumière. — C'est un test ! cria-t-il, sa voix résonnant contre les murs lambrissés d'acajou. C'est juste un p***in de test !

Il se jeta sur l'interface de commande ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ incrustée dans le bois. Ses doigts, manucurés et tremblants, volèrent sur la surface tactile. Il connaissait les codes. Il avait piraté les accès de Jean-Luc, le directeur financier, il y a six mois, "au cas où". Il avait payé un hacker de Lagos une fortune pour ce backdoor. Le "cas où" ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ était arrivé.

Connexion établie. Profil : ADMIN_SHADOW. Bienvenue, Ghost User.

L'hologramme principal s'alluma, projetant une sphère de données complexe au-dessus du bureau. Habituellement, cette sphère brillait d'un vert et d'un bleu rassurants, pulsant au rythme des flux de trésorerie entrants des chantiers d'Abidjan et de Lomé. Aujourd'hui, elle était rouge sang.

Tundé écarquilla les yeux. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Son cœur rata un battement. — Non...

Il fit tourner la sphère d'un geste de la main. Les données défilèrent, implacables. Branche Infrastructures (Bénin/Togo) : VENDU. Statut : Transfert de propriété validé à 16h30. Branche Bio-Matériaux & Brevets : VENDU. Statut : Brevets transférés à Shenzhen Group Holdings. Mines de Coltan Kivu (RDC) : VENDU. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Statut : En attente de signature notariale. Ports Autonomes : VENDU. Statut : Liquidité transférée.

Des lignes de zéros défilaient. Des milliards de Francs CFA Numériques, d'Euro-Dollars, de Yuan-Crypto qui quittaient les comptes de la holding en temps réel. C'était une hémorragie. Une saignée à blanc. L'entreprise se vidait de son sang ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ financier à une vitesse terrifiante. L'argent ne restait pas sur les comptes de réserve. Il transitait par des sociétés écrans aux Îles Caïmans, rebondissait sur des serveurs fantômes à Singapour, passait par des mixeurs de crypto-monnaie à Lagos pour effacer les traces, et disparaissait dans un trou noir numérique intitulé "PROJET ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ ARCHE".

Tundé sentit la bile monter dans sa gorge, acide et brûlante. Ce n'était pas un test. C'était une exécution capitale. Son père n'avait pas juste quitté le navire. Il l'avait sabordé. Il avait ouvert toutes les vannes, vendu les machines, le carburant et les canots de sauvetage, et il regardait l'eau ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ monter depuis son hélicoptère personnel.

— Pourquoi ? hurla Tundé, balayant d'un revers de main la sculpture en bronze de Giacometti qui décorait le bureau. Elle s'écrasa au sol avec un bruit mat, se brisant en deux. — POURQUOI ? Pour faire joujou dans l'espace ? Pour aller mourir sur un caillou ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ rouge ?

Il tomba à genoux, n'ayant plus la force de tenir debout. Le sol en marbre était froid à travers le tissu fin de son pantalon. Il avait l'impression d'être nu, exposé, vulnérable. Il tapa du poing par terre, encore et encore, jusqu'à ce que sa peau se fende et tache ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ la pierre blanche de rouge. La douleur physique était la bienvenue. Elle était réelle. Elle le gardait ancré. Il avait tout perdu. Son titre. Son avenir. Son identité. Il n'était plus le Prince Héritier de Kouassi Construction. Il était le fils d'un fou qui avait tout brûlé sur l'autel de sa ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ vanité. L'empire qu'il devait diriger, les milliers d'employés qu'il devait commander, les projets qu'il avait dessinés... tout était parti en fumée numérique.

Soudain, il pensa à Aya. Il sortit son phone, les mains glissantes de sang. Il composa le numéro du conservateur du Cimetière de Zogbo. — Allo ? Ici Tundé Kouassi. Passez-moi la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ direction. Immédiatement. La voix de l'employé était tremblante. — Monsieur Kouassi... nous... nous allions vous appeler. La concession... votre père est passé. Il a fait exhumer l'urne cinéraire d'Aya ce matin. Il est parti avec. — Quoi ? — Il a signé tous les papiers légaux. Il a dit qu'elle n'appartenait plus à cette ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ terre.

Tundé laissa tomber le téléphone. Il rebondit sur le tapis. Il l'avait prise. Il avait pris la seule chose qui restait à Tundé. Sa petite sœur. Il allait profaner son repos pour l'emmener dans son enfer de fer.

Une alerte rouge clignota sur l'écran mural, coupant court à son désespoir. Une sirène silencieuse ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ se mit à pulser dans l'interface. INTRUSION DÉTECTÉE. NIVEAU 5. ACCÈS EXTERNE PAR : ARESCORP / ECHELON / BLACK OPS. FAILLE DE SÉCURITÉ DANS LE PÉRIMÈTRE PHYSIQUE.

Tundé releva la tête, ses larmes séchant instantanément sous l'effet de l'adrénaline pure. Ils étaient là. Les vautours. Ils avaient senti l'odeur du sang avant même que le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ cadavre de l'entreprise ne soit froid.

II. L'Assaut Juridique

Les portes de l'ascenseur privé s'ouvrirent avec un chuintement pneumatique qu'il n'avait jamais entendu aussi fort. Ce n'étaient pas des soldats qui en sortirent. C'était pire. C'étaient des avocats de guerre.

Ils étaient trois. Trois clones en costumes gris anthracite de coupe militaire, portant des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ lunettes de réalité augmentée opaques qui masquaient leurs yeux et projetaient des données juridiques en temps réel. Ils marchaient d'un pas synchronisé, talonnés par deux drones de sécurité flottants, noirs et silencieux, marqués du logo rouge triangulaire d'AresCorp. En tête, une femme. Grande, blonde, glaciale. Elena Volkov. La Directrice des Opérations ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Spéciales d'AresCorp Afrique. Tundé l'avait rencontrée une fois, lors d'un gala de charité hypocrite pour la reforestation du Sahel. Elle avait bu du champagne millésimé sans sourire et avait parlé de "gestion optimale des ressources humaines" comme on parle de l'abattage de bétail malade. Elle était terrifiante parce qu'elle n'avait aucune ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ émotion lisible. C'était un algorithme fait chair.

Elle entra dans le bureau sans frapper, sans s'excuser, comme si elle en était déjà la propriétaire. Elle balaya la pièce du regard : Tundé à genoux, ses mains en sang, la sculpture brisée, l'écran rouge affichant la catastrophe. Un micro-sourire étira ses lèvres peintes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ en carmin, tranchant sur sa peau pâle.

— Monsieur Kouassi Junior, dit-elle d'une voix qui rappelait le bruit d'un scalpel sur de l'os. Il semblerait que nous arrivions un peu tard pour la fête. La piñata a déjà été brisée.

Tundé se releva, s'essuyant les mains sur son pantalon à deux mille ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ balles, ruinant la soie. Il tenta de retrouver un semblant de dignité. Il releva le menton, retrouvant le masque du prince. — Vous n'avez pas d'autorisation d'entrée, Docteur Volkov. C'est une propriété privée. Je vais appeler la sécurité. — La sécurité a été licenciée il y a vingt minutes par un virement ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ automatique de votre père, répondit-elle en s'approchant de l'interface. Et ce n'est plus une propriété privée. C'est une scène de crime économique.

Elle posa sa main gantée de cuir noir sur le bureau. Les drones se déployèrent, scannant la pièce, leurs lasers verts quadrillant l'espace pour créer une modélisation 3D temps ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ réel. — Nous avons détecté des mouvements de capitaux massifs, continua-t-elle, ses yeux parcourant des données invisibles pour Tundé. Des flux irréguliers vers des paradis fiscaux non-alignés. Nos algorithmes de surveillance de marché ont flaggé ça comme du "terrorisme financier". En vertu de la Loi de Sécurité Corporatiste de 2042, AresCorp ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ a le droit d'intervenir pour "stabiliser le marché" et protéger les actionnaires minoritaires.

— Stabiliser ? Laissez-moi rire. Vous venez piller les restes. Vous êtes des charognards. — Il ne reste pas grand-chose à piller, apparemment, constata Volkov en lisant les données sur l'écran holographique. Votre père a été... méticuleux. Il a ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ vendu à Shenzhen. Ces bâtards ont été rapides. Les transferts sont déjà validés par la Blockchain Asiatique. C'est irréversible.

Elle se tourna vers Tundé. Son regard n'était pas humain. C'était celui d'un scanner thermique cherchant une faiblesse structurelle. — Où est-il ? — Je ne sais pas. — Ne mentez pas, Tundé. Votre rythme ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ cardiaque est à 140. Vos pupilles sont dilatées. Vous transpirez de l'adrénaline. Vous êtes en état de choc, mais vous savez. Sètondji Kouassi ne disparaît pas sans dire au revoir à son "prince". Il a trop d'ego pour ça.

Tundé serra les points, sentant la douleur de ses coupures le réveiller. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Il m'a dit adieu. Il m'a dit qu'il allait construire une Arche. — Une Arche ? répéta Volkov, intéressée. Comme dans la Bible ? Ou comme dans "Vaisseau Spatial Illégal de Classe Interplanétaire" ?

Elle fit un geste sec. Un des drones projeta une nouvelle image holographique au milieu de la pièce, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ remplaçant la sphère financière. C'était une vue satellite temps réel, haute résolution. Une vue de la côte béninoise. On y voyait la ville de Ouidah. Et au large, sur une plateforme off-shore désaffectée que Tundé pensait être un chantier de démantèlement, une structure immense était en train de s'ouvrir. Le toit du ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ hangar coulissait. — Nous les surveillons depuis des mois, dit Volkov. Le Projet TADOW. Nous pensions qu'ils construisaient une cité flottante autonome. Une utopie libertarienne. Mais les signatures thermiques de ce matin... ce n'est pas de la géothermie. C'est de la propulsion nucléaire thermique de classe militaire.

Tundé regarda l'image. Il vit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ la plateforme. Il vit les échafaudages qu'il avait signés sans les regarder. Il vit la forme élancée, argentée, qui émergeait. C'était une rampe de lancement. Son père n'avait pas juste construit un bateau. Il avait construit une fusée. Une p***in de fusée sous le nez de tout le monde. — Il va sur ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Mars, souffla Tundé, réalisant enfin l'ampleur de la folie. L'obsession pour la roche rouge. Les discussions avec Amara Diop. Tout prenait sens.

Volkov émit un petit rire sec, sans joie. — Mars ? Avec quoi ? Ce tas de ferraille assemblé avec des pièces de récupération ? Ils n'ont pas les boucliers ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ anti-radiations propriétaires d'AresCorp. Ils n'ont pas les cartes de navigation quantique. Ils n'ont pas les autorisations de vol orbital. S'ils décollent, ils seront pulvérisés par les débris spatiaux avant d'atteindre l'orbite lunaire. Ou alors...

Elle s'approcha de Tundé, envahissant son espace vital. Elle sentait le parfum de luxe, l'ozone et l'antiseptique. — ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ ... ou alors, nous les abattrons.

Tundé recula, heurtant le dossier de son fauteuil. — Quoi ? — L'espace est une zone réglementée, chéri. AresCorp a le monopole du fret Terre-Mars accordé par l'ONU. Tout lancement non autorisé est considéré comme une menace balistique potentielle. Nous avons des satellites tueurs en orbite géostationnaire. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Le protocole Zeus.

Elle le regarda droit dans les yeux, souriant de sa terreur. — Si ce vaisseau allume ses moteurs principaux, nous le descendons. C'est la loi.

Tundé sentit le sol se dérober une seconde fois sous ses pieds. Son père était un voleur, un menteur, un traître. Mais il restait son père. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Et Aya... Aya était à bord. Elle ne pouvait pas être ailleurs. Il l'avait enlevée pour ça. — Vous ne pouvez pas faire ça ! Les restes de ma sœur sont à bord ! Il a profané sa tombe pour l'emmener avec lui ! — Il y a des terroristes économiques à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ bord, corrigea Volkov. Et une voleuse de données nommée Amara Diop qui détient des scans géologiques appartenant à AresCorp. Votre sœur est un dommage collatéral regrettable.

Elle recula et tapota son oreillette. — Strike Team Alpha, tenez-vous prêts. Cible verrouillée sur le secteur Ouidah-Offshore. Attente de confirmation visuelle de l'allumage thermique. Satellites ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ en position.

Tundé devait faire quelque chose. Il ne pouvait pas laisser faire ça. Il ne pouvait pas regarder sa sœur brûler dans le ciel en direct. Son cerveau, formé aux meilleures écoles de commerce et à la négociation brutale, commença à tourner à mille à l'heure. Analyse. Opportunité. Levier. Qu'est-ce qu'il avait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ que Volkov voulait ? L'argent ? Non, il n'y en avait plus. Les brevets ? Shenzhen les avait. Lui-même ? Il ne valait plus rien. Il regarda l'écran holographique. Il regarda les comptes vidés. Il y avait une exception. Une seule ligne verte au milieu du rouge. Fonds de Réserve Familial : 10% des actifs. Verrouillé ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ par Bio-Métrique Sanguine Exclusive. Son père ne lui avait pas menti sur ça. Il lui avait laissé de l'argent. Beaucoup d'argent. Assez pour acheter une petite armée. Ou pour acheter du temps. Mais Volkov s'en fichait de l'argent, elle voulait la tête de Sètondji.

Il avait autre chose. Les codes d'infrastructure. — Attendez, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ dit Tundé. Sa voix était plus ferme. Volkov se tourna vers lui, un sourcil parfaitement épilé haussé. — Vous avez une objection juridique, Junior ? — Je peux vous donner quelque chose de mieux qu'un feu d'artifice qui vous coûtera des millions en relations publiques. — Vraiment ? Quoi donc ? Votre collection de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ montres suisses ?

Tundé s'approcha de l'interface. Il posa sa main ensanglantée sur le lecteur bio-métrique. Identité confirmée : Tundé Kouassi. Accès PDG validé. — Je suis le nouveau PDG de Kouassi Construction, dit-il. Même s'il ne reste qu'une coquille vide de capitaux, j'ai encore les codes d'accès maîtres aux infrastructures portuaires physiques. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ Les verrous, les ponts, l'électricité. — Et alors ? — La plateforme de Ouidah... elle est alimentée par notre réseau électrique privé. Le câble sous-marin West-Link que mon père a posé il y a dix ans. C'est sa seule source d'énergie stable pour l'initialisation des moteurs.

Volkov plissa les yeux. Elle commençait à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ écouter. L'algorithme recalculait. — Si vous les abattez, vous perdez tout. La technologie, les données d'Amara Diop, les secrets bancaires de mon père. Vous aurez juste des débris radioactifs qui vont polluer l'océan et vous valoir un procès de l'ONU pour crime environnemental. — Continuez. — Si je coupe le courant... leurs systèmes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ de refroidissement lâchent. Ils ne peuvent pas lancer la séquence d'allumage. Ils sont bloqués au sol. Vous pouvez envoyer vos équipes d'abordage. Vous pouvez les prendre vivants. Vous pouvez récupérer ce qu'ils ont volé. Et vous passez pour des héros qui ont empêché un désastre écologique.

Volkov sourit. Un vrai sourire ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ cette fois. Prédatrice. Elle aimait ce plan. C'était propre. C'était rentable. — Vous trahiriez votre propre père pour nous, Tundé ? C'est... délicieusement corporatiste. Je savais que vous aviez du potentiel. — Il m'a trahi le premier, dit Tundé froidement. Il m'a laissé derrière. Il a kidnappé ma sœur. Je ne lui ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ dois plus rien. Je veux juste qu'il paie.

Volkov réfléchit deux secondes. — D'accord. Coupez le courant. Nous envoyons les navettes d'intervention pour une capture. Mais je vous préviens : si jamais ils décollent quand même... je donne l'ordre de tir. Et vous regarderez votre héritage et votre sœur brûler dans le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ ciel en haute définition. — Marché conclu.

Tundé s'approcha de l'écran. Il tapa la commande. Ses mains ne tremblaient plus. Accès Réseau Ouest. Secteur Ouidah. Arrêt d'Urgence. Confirmation ? OUI.

Sur l'écran satellite, les lumières de la plateforme s'éteignirent brusquement. La structure devint noire. Pardon, Papa, pensa-t-il. Je ne te laisse pas partir. Tu vas revenir ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ ici et tu vas m'expliquer. Tu ne vas pas emmener Aya en enfer.

Mais sur l'écran holographique, quelque chose d'étrange se produisit. La plateforme était noire, oui. Mais une lueur bleue, pulsante, commença à naître à sa base. Pas de l'électricité. Autre chose. Une lumière qui semblait venir de l'intérieur de la matière.

— Qu'est-ce que ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ c'est que ça ? demanda Volkov, perdant son calme pour la première fois. — Je... je ne sais pas, balbutia Tundé. J'ai coupé le flux ! Ils devraient être dans le noir complet ! Le réacteur ne peut pas démarrer à froid !

La lueur bleue s'intensifia. Elle devint aveuglante, saturant les ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ capteurs du satellite. Et soudain, la tour Kouassi trembla. Une onde de choc, silencieuse mais puissante, traversa la ville de Cotonou, à cinquante kilomètres de là. Les vitres vibrèrent. Les objets sur le bureau tintèrent. — Signature énergétique inconnue ! cria un des avocats qui regardait sa tablette paniqué. Ce n'est pas de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ la fission ! Ce n'est pas thermique ! C'est... c'est gravitationnel !

Sur l'écran, la plateforme de Ouidah semblait se soulever, non pas poussée par des flammes, mais repoussée par la Terre elle-même. Comme deux aimants de même pôle qu'on force l'un contre l'autre. — Ils utilisent le magnétisme, souffla Tundé, se ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ souvenant d'une conversation ivre de son père sur "la force des pierres". Ils ne brûlent pas de carburant. Ils surfent sur le champ magnétique terrestre ! Ils n'ont pas besoin d'électricité !

Volkov hurla dans son micro, son visage déformé par la fureur : — TIREZ ! ABATTEZ-LES ! PROTOCOLE ZEUS ! ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ MAINTENANT !

Mais c'était trop tard. Le vaisseau, une flèche d'argent et de céramique blanche, creva les nuages à une vitesse impossible. Il n'y eut pas de bang supersonique. Juste un glissement. Il traversa l'atmosphère comme une aiguille traverse un tissu. Il laissa derrière lui une trainée d'ionisation bleue qui ressemblait à une ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ cicatrice dans le ciel.

Un éclair tomba du ciel. Le satellite d'AresCorp avait tiré. Mais le rayon frappa le vide. Le vaisseau était déjà trop haut. Trop vite. Il disparut dans le noir de l'espace.

Tundé regarda le point bleu s'évanouir. Il avait échoué. Il avait essayé de les arrêter, de les sauver, et il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ avait échoué. Mais au fond de lui, une partie minuscule, secrète, enfouie sous des couches de cynisme et de blessures d'enfance... jubilait. Il l'a fait. Le vieux fou l'a fait. Il a baisé AresCorp.

Volkov se tourna vers lui. Elle était livide. Elle sortit une arme de poing chromée de sa veste. Un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ pistolet taser militaire. — Vous nous avez fait perdre du temps, Kouassi. Vous saviez. Tundé leva les mains. Il sourit. Un vrai sourire, sanglant. — Tuez-moi et vous n'aurez jamais les codes des comptes off-shore qui restent. Je suis votre seul ticket pour récupérer un retour sur investissement. Je suis la seule chose ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ de valeur qui reste dans cette tour.

Volkov hésita. Le canon de l'arme ne tremblait pas. Le calcul se fit dans ses yeux froids. Profit vs Vengeance. Le Profit gagna, comme toujours. C'était la seule loi qu'elle respectait. Elle rangea son arme. — Vous avez de la chance, Junior. Vous venez de devenir ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ un consultant non-rémunéré pour AresCorp. Nous allons avoir besoin de quelqu'un qui connaît la psychologie de ces terroristes. Elle fit signe à ses hommes. — Embarquez-le. Saisissez tout. Ordinateurs, serveurs, effets personnels. Et trouvez-moi une trace de ce vaisseau. Je veux savoir où ils vont atterrir avant même qu'ils ne le sachent ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ eux-mêmes.

Tundé se laissa emmener, enjambant les débris de la sculpture brisée. Il sortit de la tour que son père avait construite, menotté, prisonnier de l'ennemi, dépossédé de son royaume. Mais en passant la porte, il jeta un dernier coup d'œil par la baie vitrée. La cicatrice bleue était encore visible dans la haute ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌‌​​‌‍​‌‌​‌‌‌​‍​‌‌​‌‌‌​‍​​‌‌‌​​​‍​‌‌​​​‌‌‍​​‌‌​‌‌‌ atmosphère, pulsant doucement. La course venait de commencer. Et pour la première fois de sa vie, Tundé savait exactement quel camp il allait jouer. Le sien.

(Fin du Chapitre 3)