TADOW
Chapitre 16

Le Prince des Conduits

Chambres secrètes Secteur Oméga - Soutes Nyame Dua · 15 Janvier 2067 - 07h00 (5 ans après le Débarquement) · POV Ayo (5 ans chronologiques, développement accéléré)

CINQ ANS PLUS TARD

I. Le Réveil en Spectre

Ayo ne rêvait pas. Les rêves étaient une fonction humaine, et Ayo était seulement partiellement humain.

Quand la conscience revint — ce qui arrivait toutes les quatre heures maintenant, cycle de repos ultra-court imposé par sa biologie hybride — elle revint complète. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ Pas de transition graduée entre sommeil et veille. Juste : off. On. Lucide.

Il ouvrit les yeux sur la chambre cocon.

La pièce elle-même était une merveille d'architecture mycélienne que Makena avait cultivée au cours des cinq années précédentes. Les murs respiraient — littéralement — se contractant et se dilatant en rythme ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ lent avec les pulsations du vaisseau-mère. Zewdi vivait dans ces murs. Zewdi était ces murs.

Et pour Ayo, il n'y avait aucune différence entre mère biologique et environnement habitable.

Sur la palette où il dormait — construite de racines tressées, couverte de chitine translucide semblable à de la soie — Ayo se ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ redressa. Son petit corps, bien que physiquement celui d'un enfant de cinq ans standard, bougeait avec la grâce économe d'une créature bien plus mature. Pas de maladresse enfantine. Pas d'hésitation. Chaque geste mesuré, précis, impliquant une conscience proprioceptive que les humains ne développaient que vers dix ans.

« Bonjour, mon petit. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ »

La voix résonna non pas de haut-parleurs physiques, mais de partout — des pores du mur, de l'air conditionné, des articulations du vaisseau lui-même. C'était la voix de Zewdi, mais elle était aussi celle du Nyame Dua. Il n'y avait plus de distinction.

— Maman, murmura Ayo, sa voix encore enfantine ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ mais précédée par une harmonie sous-tonale que peu d'enfants humains auraient pu produire.

Il se leva, et alors commença la véritable perception.

C'est là où Ayo voyait différemment du monde.

Tandis que ses yeux biologiques percevaient le spectre visible — les teintes bleu-vert luminescent de la chambre, la texture gris-blanc des murs respirants ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ — sa conscience simultanément traçait le monde en infrarouge, en radiofréquences, en champs électromagnétiques.

À travers le spectre IR, la pièce était un paysage chaotique de gradients thermiques : zones chaudes où le flux sanguin ralenti dans les parois myéliennes pulsait sous la surface, zones froides où les systèmes de refroidissement ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ Architecte s'enfonçaient dans les couches souterraines du Secteur Oméga.

À travers les fréquences radio, la pièce était un symphonie. Centaines de signaux faibles émanant d'appareils dormants, de systèmes de communication, de minuscules drones de surveillance laissés derrière lors de la retraite de Tundé — tous ces fragments de technologie chantaient sur ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ des fréquences différentes, créant un harmonie invisible que seule créature avec système nerveux hybride pouvait percevoir.

Ayo ferma les yeux biologiques et se tint simplement là, respirant, écoutant le monde parler dans ses véritables langues.

— Tu sens quelque chose, demanda Zewdi doucement.

— Les drones, répondit Ayo en yoruba enfantin — sa ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ première langue, enseignée par Koffi entre ses heures de croissance accélérée. Trois, quatre... non, cinq. Deux nouveaux depuis hier. Et des signaux... différents. Électromagnétiquement striés. Comme si quelqu'un les réparait.

« Oui. »

Zewdi parut presque fière. Ou c'est ce qu'Ayo imaginait que signifiait fierté pour une être transcendée.

« C'est Thabo. Notre ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ nouvel ami. Il ressuscite les vieilles machines. »

Ayo rouvrit ses yeux biologiques. Les pupilles s'ajustèrent immédiatement — changement pupillaire neuf fois plus rapide que normal — pour la lumière douce et bioluminescente de la chambre.

— Je dois me nourrir, dit-il simplement.

— Oui. Koffi attend au point de rencontre habituel. Dépêche-toi, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ mais pas de course. Les coureurs laissent des traces.


II. Le Jeu dans les Conduits

Les conduits de ventilation du Nyame Dua avaient été conçus par les Architectes pour maximum d'efficacité thermique. Ce qu'ils n'avaient pas prévu : qu'un enfant hybride avec connaissance innée des champs électromagnétiques du vaisseau trouverait les ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ passages les plus discrets en termes d'utilisation d'énergie.

Ayo se glissa dans le premier conduit — une ouverture dans la paroi mycélienne à peine assez grande pour un enfant de cinq ans — et commença son ascension.

Il ne grimpait pas. C'était trop lent, trop visible. Au lieu de cela, il utilisait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ ses doigts et ses orteils pour trouver des prises microscopiques dans la surface du conduit, points d'accroche que sa vision en spectre IR rendait évidentes — des zones minuscules où le flux thermique différenciait, où la structure changeait de densité moléculaire.

En deux minutes, il monta trois niveaux de vertical. En ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ quatre minutes, il naviguait le système horizontalement, tournant à chaque embranchement avec la certitude absolue d'une créature qui voyait chaque champ de force du vaisseau, chaque ligne d'alimentation, chaque nœud de communication.

À un point d'intersection — où le Secteur Oméga connectait Secteur Delta, passant sous le secteur de Tundé sans ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ jamais y entrer réellement — il sentit une présence.

Immédiatement, les muscles d'Ayo se tendirent. Son système nerveux hybride déclencha une cascade de vigilance. Pas peur. Pas exactement. Mais une acuité aiguë, primal, comme si son génome viral (celui qui venait de la Bio-Chain, de Zewdi, de l'ADN incompréhensible des Architectes) ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ reconnaissait immédiatement la présence d'une menace potentielle.

Quel type d'étrangers est ici?

Mais avant qu'Ayo ne puisse réagir, il y avait un son. Puis un rire.

— Whoa, whoa, dit une voix profonde, un accent zimbabwéen teinté à travers le timbre — "C'est un enfant. Enfant, tu viens de ne passer pas à ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ dix centimètres de ma tête."

Ayo se figea, suspendu dans le conduit vertical. Ses yeux biologiques s'adaptèrent, et il vit la silhouette en dessous — grande, musclée, portant des cicatrices qui brillaient différemment dans le spectre IR (tissu cicatriciel, flux sanguin réduit).

Un guerrier. Ancien. Marqué par des guerres terrestres qui étaient ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ terminées avant qu'Ayo ne naisse.

— Tu es Thabo, dit Ayo simplement. Tu répares les drones pour Koffi. Énergie signature 4.7 gigahertz. Battements cardiaques : 68 par minute. Tu respires lentement. Vous avez peur, mais pas vrai peur. Seulement vigilance.

Thabo leva les yeux, et même dans l'obscurité du conduit, Ayo sentit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ son expression se modifier. Surprise. Puis, quelque chose qui ressemblait à du respect.

— Bon. Tu es exactement ce que Koffi disait. Gamin, tu devrais pas être là. Les drones...

— Les drones ne me voient pas, dit Ayo, descendant maintenant du conduit avec une agilité qui aurait horrifié n'importe quel pédiatre ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ humain. J'émets en spectre EM diffusé. Ils ne peuvent pas m'isoler. Et vous, Thabo, pouvez pas me dire ce que je peux ou pas faire. Juste où Koffi attend.

Thabo rit — un son grave, légèrement étranglé, comme si le rire lui était devenu une langue qu'il devait réapprendre.

— D'accord, prince ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ des conduits. Secteur Gamma, niveau trois, dans le vieux grenier d'outils. Ton père réfléchissait.


III. La Vision des Défunts

Le grenier d'outils était une chambre désaffectée, probablement utilisée dans les premiers jours du voyage quand les Architectes entretenaient encore activement le vaisseau. Maintenant c'était un tomb.

Mais Ayo voyait plus que un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ tomb.

À travers son spectre de perception étendue, il voyait les échos. Les traces résiduelles de ceux qui étaient morts ici pendant les premières années. Sept humains. Non, huit. Leurs traces thermoïques restaient gravées dans les murs — fantômes de chaleur corporelle, imprints de vie expendue.

Koffi était assis sur une crate ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ renversée, mangeant quelque chose qui ressemblait à une barre énergétique, le code holographique flottant devant lui — des diagrammes de circuit qui ne signifiaient rien pour un enfant normal, mais qui s'illuminaient dans l'esprit d'Ayo comme langage.

— Ayo, dit Koffi sans lever les yeux. Tu es tard. Trois minutes et ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ cinquante secondes. Ce n'est pas acceptable. Nous discutons de timing.

C'était ainsi que Koffi communiquait l'amour : par discipline précise.

— Les drones meurent lentement maintenant, répondit Ayo en s'asseyant à côté de son père. Thabo les garde en état semi-actif. C'est inefficace.

— Oui. C'est intentionnel. S'ils restent trop actifs, Tundé détecte ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ les signatures énergétiques. S'ils sont trop dormants, quand nous les avons besoin, ils tardent à réveiller.

Koffi tendit une barre énergétique à Ayo. Le garçon la mangea sans goût — son palais était encore partiellement humain, mais sa biologie hybride traitait la nourriture différemment. Il absorbait les nutriments trois fois plus ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ rapidement qu'un enfant normal, convertissant les matières premières en croissance, en nerf, en complexité neurologique.

— Papa, demanda Ayo après un moment de silence. Pourquoi les gens morts restent ici ?

Koffi posa enfin l'hologramme, le regard se tournant vers son fils.

— Parce que mourir n'efface pas la présence. Seulement le mouvement.

— ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ Zewdi dit qu'elle est partout parce qu'elle est morte.

— Oui.

— Alors les morts sont plus présents que les vivants?

Koffi sourit. C'était rare. Cela arrivait peut-être une fois par semaine, et cela changeait son visage entièrement — le rendant humain, vulnérable, père au lieu d'hacker.

— Tu comprends vite, gamin. Mais non. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ Les morts sont... complets. Les vivants sont encore en train de changer. Les vivants sont dangereux parce qu'ils ne savent pas encore ce qu'ils seront.

« C'est vrai, » dit Zewdi de partout et de nulle part. « C'est pourquoi tu dois être très, très prudent, mon petit. Ton père change ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ de façon qu'il ne comprend pas encore. Et cela le met en danger de devenir quelque chose qu'il ne voulait jamais être. »

Ayo regarda Koffi, étudiant son père — les rides autour des yeux, la tension dans les épaules, la façon dont ses mains tremblaient légèrement toujours quand il pensait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ trop longtemps.

— Je vais le protéger, dit Ayo simplement.

Et Koffi redevint silencieux, parce qu'il savait qu'aucun parent n'était supposé être protégé par ses enfants.


IV. Cachés dans la Lumière

La dernière section de la journée (Ayo n'était jamais éveillé pour ce qu'on appelait "nuit" — son cycle était différent, fragmenté) était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ dédiée à l'entraînement.

Non à l'entraînement au combat. À l'entraînement à l'invisibilité.

Thabo dirigeait la leçon. Ils étaient maintenant cinq : Ayo, Koffi, Thabo, Makena (qui observait depuis les ombres botaniques), et une nouvelle venue — Nala, maintenant dix-neuf ans, vétéran de la bataille dans les Soutes.

— Ayo, dit Thabo. Dis-moi ce ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ que tu vois en ce moment. Tout. Sans t'arrêter. Tous les spectres.

Ayo ferma les yeux.

— Trois drones Tundé à quinze mètres à l'ouest, fonctionnant sur cyclage conservateur. Deux signaux humains à trente mètres au nord — militaires, fréquence cardiaque élevée, peut-être nerveux ou fatigués. Un système de refroidissement principal pulsant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ à fréquence 12.3 GHz. Plusieurs paires de yeux biologiques regardant ma direction en ce moment. Zewdi, partout, émergeant et se retirant du champ de conscience. Quelque chose de plus grand, plus bas, plus profond. Un édifice ancien. Les Architectes, peut-être. Dormants, mais présents.

— Et lequel de ces éléments pourrait te ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ tuer en ce moment? demanda Thabo.

— Les drones. Probablement pas les humains militaires seuls. Peut-être le système de refroidissement si je suis assez bête pour m'en approcher. Pas Zewdi. Jamais Zewdi.

— Bien. Maintenant, fais disparaître trois de ces éléments de ta perception consciemment. Filtrer. Ignorer sans négliger.

C'était le paradoxe qui ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ rendait l'entraînement d'Ayo presque impossible. Il devait percevoir tout — parce que ne pas percevoir quelque chose signifiait danger mort. Mais il devait aussi ignorer certaines choses — parce que percevoir tout en même temps créait surcharge, paralysie, incapacité à agir.

C'était comme apprendre à voir un aveugles qui ne voyait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ que trop.

Ayo respira. Modula sa conscience. Et soudain les drones disparurent de sa attention — toujours présents, mais catalogués dans une couche secondaire de conscience, accessible mais non-dominant.

Puis le système de refroidissement.

Puis les yeux biologiques regardant.

Ce qui restait : les deux militaires humains. Zewdi. Et ce quelque chose de plus ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ grand, plus bas.

— Bon, dit Nala, son accent sudafricain donnant un léger roulement à ses mots. Maintenant, Ayo. Cache-toi. Cache-toi avec intention. Je te cherche, et je vais venir avec un faux-drone si je ne peux pas te trouver en deux minutes.

Ayo se leva et courut.


V. Les Ombres Attendent

Ayo ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ se cacha dans les parois elles-mêmes — glissant dans une fissure qui ne faisait que trois centimètres de largeur, une fissure que le système de refroidissement du vaisseau avait créée au cours des années, et que la myécelienne de Zewdi n'avait jamais comblée parce qu'elle connaissait l'usage que son fils ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ en ferait.

De là, dans le noir presque complet — silence bioluminescent seulement, zéro lumière visible — Ayo attendit.

Il pouvait sentir Nala cherchant. Elle était bonne. Meilleure que les militaires de Tundé. Elle se mouvait sans signature énergétique inutile, respirait régulièrement, réfléchissait lentement et méthodiquement. Ancien combattant. Prédateur.

Mais elle ne voyait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ pas les spectres.

Et Ayo, dans sa fissure, émettait une signature tellement diffusée, tellement fragmentée, que même sa présence électromagnétique était presque inaperçue — juste un léger picotement dans les champs du vaisseau, facilement attribuable à la myécelienne active de Zewdi.

Nala passa à moins d'un mètre. Ayo sentit sa déception dans ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ la diminution de son rythme cardiaque.

Quand elle eut disparu, Ayo émergea.

Et c'est quand il le sentit.

Quelque chose dans les couches profondes du vaisseau. Quelque chose qui attendait. Quelque chose qui savait que Ayo était là. Quelque chose qui cherchait Ayo dans les murs.

VI. L'Ombre Sous les Fondations

Ayo se figea.

La ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ sensation n'était pas nouvelle — il avait senti cette présence avant, toujours en périphérie de sa conscience, toujours distante. Mais maintenant, elle était proche. Trop proche. Et elle n'était plus passive. Elle était attentive.

Il ferma ses yeux biologiques et plongea entièrement dans le spectre étendu. Infrarouge, ultraviolet, radiofréquences, champs magnétiques. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ La présence se révéla comme une anomalie gravitationnelle — un puits dans la structure même de l'espace-temps local, créant des distorsions subtiles dans les champs quantiques du vaisseau.

Ce n'était pas Zewdi. Ce n'était pas non plus les Architectes. C'était quelque chose de plus ancien, de plus profond, de plus... affamé.

« ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ Ayo. Remonte. Maintenant. »

La voix de Zewdi était urgente, presque paniquée — une émotion qu'Ayo ne lui avait jamais entendue auparavant. Sa mère, qui était devenue le vaisseau lui-même, qui contrôlait des systèmes capables de pulvériser des astéroïdes, avait peur.

Mais Ayo ne remonta pas. Pas immédiatement. La curiosité — cette ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ maladie héréditaire transmise par Koffi — le poussait à comprendre. Qu'est-ce qui pouvait effrayer une conscience planétaire ?

Il tendit sa perception plus profondément, descendant à travers les niveaux du Nyame Dua. Niveau 10... 15... 20... Les systèmes Architectes devenaient de plus en plus anciens, de plus en plus étrangers. Au ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ niveau 30, il n'y avait plus de technologie reconnaissable, juste des structures cristallines qui pulsaient avec une bioluminescence noire — une contradiction visuelle qui lui donnait la nausée.

Et puis, au niveau 45, dans les entrailles les plus profondes du vaisseau-monde, là où même les Architectes n'allaient plus depuis des millénaires, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ Ayo trouva la source.

Une chambre. Sphérique. Immense. Les parois étaient recouvertes de ce qui ressemblait à du sang noir cristallisé, formant des motifs géométriques si complexes qu'ils semblaient bouger quand on les regardait. Au centre de la chambre, suspendue dans le vide par des champs de force invisibles, se trouvait ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ une masse organique pulsante.

Ce n'était pas un cœur. Ce n'était pas un cerveau. C'était quelque chose entre les deux — une tumeur consciente, une singularité biologique qui respirait avec un rythme qui n'appartenait à aucun monde connu.

Et cette chose savait qu'Ayo était là. Elle l'avait senti. Elle l'avait goûté dans ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ les champs électromagnétiques.

Une voix résonna dans l'esprit d'Ayo. Pas en mots. En concepts purs, en émotions distillées.

ENFANT. HÉRITIER. PONT.

Puis : FAIM. BESOIN. FUSION.

« AYO ! DÉCONNECTE-TOI ! »

Zewdi n'était plus simplement urgente. Elle était terrifiée. Les murs autour d'Ayo commencèrent à pulser violemment, la bioluminescence devenant chaotique. Le vaisseau tout ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ entier semblait réagir à la présence qui s'éveillait dans ses profondeurs.

Ayo rompit la connexion brutalement, se retrouvant projeté mentalement vers sa fissure dans le Secteur Oméga. Il haletait, son petit corps tremblant, son système nerveux hybride surchargé par ce qu'il venait de percevoir.

Thabo et Nala étaient déjà là, apparaissant de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ nulle part avec cette synchronisation parfaite des prédateurs expérimentés. Thabo saisit Ayo par les épaules.

— Qu'est-ce que tu as vu ?

Ayo ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Comment décrire l'indescriptible ? Comment expliquer une faim qui transcendait le biologique, qui était devenue une force cosmique ?

Finalement, il murmura ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ en yoruba :

— Il y a quelque chose sous nous. Quelque chose que même Maman ne peut pas contrôler. Et il sait que je suis là.

Nala échangea un regard avec Thabo. Tous deux avaient combattu des tyrans, des machines, des soldats. Mais la peur dans la voix d'Ayo était d'une ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ nature différente. C'était la peur primordiale, celle qui réveillait les instincts ancestraux.

« Ayo a raison, » confirma Zewdi, sa voix résonnant dans toute la chambre. « Le Dévoreur n'est pas seulement derrière nous. Il est aussi en nous. Caché dans les fondations du vaisseau depuis le début. Une graine laissée ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ par les Architectes. Une assurance. Une arme finale. »

— Pourquoi tu ne nous l'as jamais dit ? demanda Thabo, sa voix tendue.

« Parce que je pensais pouvoir le contenir. Le garder endormi. Mais Ayo... Ayo est trop lumineux. Trop puissant. Sa présence même réveille ce qui devrait rester mort. »

Un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ silence de plomb s'installa. Ayo comprit alors pourquoi Tundé le voulait tant. Pas seulement pour contrôler le vaisseau. Mais parce qu'Ayo était la clé — la clé pour réveiller l'arme ultime cachée dans les entrailles du Nyame Dua.

Et si cette arme s'éveillait complètement, rien ne survivrait.

Ce n'était pas Zewdi. Zewdi ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ était présente partout, mais comme une mère, une protection. Ceci était autre chose. Ceci était...

Sombre.

Attentif.

Affamé.

« N'y pense pas, » dit Zewdi précipitamment, sa voix perdant sa qualité maternelle, devenant presque effrayed. « N'y pense pas maintenant, Ayo. C'est un secret que tu devras porter. Pas encore temps. »

Mais trop tard. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​‌​​‍​‌‌​​‌‌‌‍​​‌‌​​‌‌‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​‌‌​​‍​‌‌​​‌‌‌ Ayo comprenait maintenant.

Il n'était pas seul dans les murs du Nyame Dua.

Et les ombres qui attendaient n'étaient pas des alliés.


Fin du Chapitre 16
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