TADOW
Chapitre 13

Le Serment

Vaisseau *Nyame Dua* (Bureau du Capitaine / Cryo-Secteur "Sanctuaire" / Cellule d'Isolement) / *Flashback* : Hangar de Lancement de la base de Kourou, Guyane Française. · 26 Octobre 2060 (Temps Universel Coordonné) / *Flashback* : 13 Octobre 2060 (Jour du départ) · POV Sètondji Kouassi

I. Le Poids de la Couronne (Présent)

Sètondji Kouassi, "Le Prophète", "L'Homme qui a acheté le Ciel", regardait la tablette posée sur son bureau en acajou synthétique. Elle clignotait en rouge. Une urgence biologique de niveau 1. Rapport du Dr. Amara Diop. Objet : Contamination biologique massive / Mutation suspecte du Lieutenant ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ Kassi / Demande de purge immédiate du Secteur Vert. Il n'ouvrit pas le fichier tout de suite. Il savait ce qu'il contenait. Il le savait parce qu'il avait vu les caméras de surveillance, celles qu'Amara pensait privées. Il se leva, ajustant sa veste col Mao aux broderies discrètes, et se dirigea vers ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ la grande baie vitrée qui dominait le vide sidéral. Le vaisseau tournait sur son axe pour créer une gravité artificielle par force centrifuge, offrant un panorama vertigineux des étoiles qui défilaient comme un kaléidoscope lent. Les étoiles étaient des têtes d'épingles froides sur un velours noir. Elles ne clignotaient pas. Elles ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ jugeaient. — Omo, dit-il à l'air vide. Statut du vaisseau ? La voix de l'IA lui répondit. C'était une voix douce, maternelle, synthétisée à partir des enregistrements vocaux de sa défunte femme, Adjoa. Une torture qu'il s'infligeait quotidiennement. — Tous les systèmes nominaux, Sètondji. Énergie à 98%. Oxygène stable, bien que l'analyseur détecte ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ une saturation inhabituelle en terpènes dans le secteur 3. Dois-je purifier ? — Non, Omo. Laisse les terpènes. C'est l'odeur de la vie. — C'est aussi l'odeur d'une forêt en feu, Sètondji. Les capteurs ne font pas la différence. — Nous non plus, Omo. Nous non plus. Il posa sa main sur la vitre ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ froide. Makena avait réussi. Il le savait. Il l'avait senti dans ses os avant même qu'Amara ne fasse ses analyses. L'air du vaisseau avait changé. Il était plus... dense. Plus riche. Plus vivant. Il portait une charge électrique subtile, une vibration qui n'existait pas sur Terre, une odeur d'ozone et de sève ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ qui n'aurait pas dû être là. Kassi était le premier. Sètondji ferma les yeux. Il revit le visage du jeune Ivoirien lors de l'entretien d'embauche, six mois plus tôt. Un gamin brillant, sorti des bidonvilles d'Abidjan, qui avait appris l'hydraulique en réparant des pompes volées. "Je veux voir ce qu'il y a ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ après l'horizon, Monsieur. Je veux voir si l'eau a le même goût là-haut." Il avait vu. Et maintenant, il payait le prix de la vision.

Sètondji se tourna vers la bibliothèque qui couvrait le mur opposé. C'était sa fierté secrète. Pas des fichiers numériques, mais de vrais livres. Du papier. De l'encre. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ Une hérésie en termes de poids, mais une nécessité pour son âme. La République de Platon, Le Monde s'effondre de Chinua Achebe, la Bible, le Coran, les Vedas. Il tira un volume relié en cuir usé : Le Paradis perdu de Milton. — "Mieux vaut régner en Enfer qu'être esclave au Paradis", ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ lut-il à voix basse. C'était leur devise officieuse. La porte de son bureau s'ouvrit sans sonnerie. Seul un homme avait ce privilège. Jaxx. Le pilote. L'ancien mercenaire spatial. L'homme qui conduisait le bus. Jaxx entra, mâchouillant un cure-dent synthétique, son uniforme de vol débraillé comme d'habitude. — T'as vu le rapport d'Amara ? demanda Jaxx en ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ s'asseyant sur le coin du bureau sans permission. Elle veut jouer du lance-flammes dans la serre. — J'ai vu. — Et ? On fait quoi ? Si elle a raison, on a un Alien à bord. Si elle a tort, on a un nouveau dieu. Dans les deux cas, c'est le bordel ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ dans mon plan de vol. Sètondji reposa le livre. — Tu as peur, Jaxx ? — J'ai peur de ce que je ne peux pas tuer avec un missile. Et les plantes, ça repousse. C'est chiant, les plantes. Jaxx se pencha. — Écoute, Sètondji. Je m'en fous de la philosophie. Je veux juste savoir si ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ je dois verrouiller les sas du pont 3. Amara dit que c'est une contagion. — Ce n'est pas une contagion. C'est une adaptation. — C'est ce que disent les virus avant de bouffer l'hôte. Sètondji sourit. — Fais confiance à Makena. — Je ne fais confiance à personne qui parle aux fougères et qui marche ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ pieds nus sur du titane. Mais je te fais confiance à toi. Pour l'instant. Ne me déçois pas, Prophet. Jaxx sortit, laissant une odeur de tabac froid (illégal) derrière lui. La tension montait. Les Piliers tremblaient. Sètondji se tourna vers le portrait holographique d'Aya sur son bureau. Elle avait 10 ans sur la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ photo, souriante, un pissenlit à la main, ses cheveux tressés avec des perles bleues. Le pissenlit. Une plante invasive, résiliente, capable de percer le béton pour chercher le soleil. Une "mauvaise herbe" pour le jardinier, une survivante pour le biologiste. — Nous sommes des pissenlits, Aya, dit-il doucement à l'image figée. Nous ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ devons percer le béton du ciel. Et parfois, pour percer le béton, il faut des racines d'acier. Il attrapa sa canne en ébène (plus un symbole d'autorité qu'un soutien physique) et sortit. Il devait descendre.


II. Le Sanctuaire (Présent)

Mais avant d'aller au Secteur Vert, ses pas le menèrent ailleurs. Au niveau -2. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ Le secteur interdit. Le Sanctuaire. Il passa les trois sas de sécurité biométrique. Scan rétinien. Analyse vocale ("Ouvrir le tombeau"). Prélèvement ADN. La porte s'ouvrit dans un souffle d'air purifié, presque sacré. La pièce était plongée dans une pénombre ambrée. Au centre, tel un sarcophage de pharaon moderne, trônait une colonne de cristal ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ contenant l'urne cinéraire d'Aya et son chapelet préféré. Sètondji s'approcha, le bruit de ses pas étouffé par le sol anti-vibratoire. Un hologramme se déclencha automatiquement. C'était Aya. Immortalisée à sept ans. Elle riait, chassant un papillon virtuel. Sètondji s'approcha, posant sa main sur la colonne de cristal. — Je suis là, ma chérie, chuchota-t-il, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ laissant son haleine faire de la buée sur le cristal. Nous y sommes presque. Aya était morte en 2045, seize ans plus tôt. Le syndrome de Lagos, ce poison invisible du béton, l'avait emportée. Mais Sètondji refusait de la laisser partir. Il avait emporté son essence, ses cendres, et sa mémoire ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ numérique. Il cherchait à donner un sens à ce sacrifice. La maladie d'Aya n'était pas seulement une panne biologique. C'était le signe d'un monde fini. Et si la solution n'était pas de réparer l'ancien monde, mais d'en créer un nouveau où son nom serait le premier mot ? L'idée lui donnait une force terrible. Dieu ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ était resté sur Terre, noyé sous les eaux ou brûlé par les soleils artificiels. Ici, dans le vide entre les mondes, il n'y avait que Sètondji. Et Sètondji était prêt à tout pour que Mars soit le jardin qu'Aya n'avait jamais eu.


III. La Promesse (Flashback)

Base de Lancement de Kourou. ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ 13 Octobre 2060. Jour du départ.

Le hangar était une cathédrale de métal et d'écho, assez grand pour contenir trois terrains de football. Mille personnes. Mille âmes choisies parmi des millions de candidats. Ils étaient debout, en rangs serrés, vêtus de leurs combinaisons de vol grises, leur sac de paquetage standardisé à leurs ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ pieds. Il y avait un silence religieux. Pas le silence de la paix, mais le silence de la terreur contenue, de l'apnée collective. Ils savaient qu'une fois passés les sas du Nyame Dua, il n'y aurait pas de retour. La Terre était condamnée. Les émeutes climatiques brûlaient Paris, Lagos, New York. Les ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ digues cédaient sous la montée des océans acides. Les virus anciens sortaient du pergélisol fondu comme des démons libérés. Dehors, derrière les murs fortifiés de la base, des milliers de manifestants hurlaient, retenus par l'armée française et les drones de sécurité. Ils criaient à l'abandon, au pillage, à la trahison des ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ élites. Ils avaient raison.

Sètondji monta sur l'estrade. Les projecteurs l'aveuglèrent un instant. Il se sentit minuscule face à cette marée humaine. Il n'avait pas écrit de discours. Il détestait les prompteurs et les mots creux des politiciens qui avaient mené le monde à sa perte. Il avait besoin de parler aux ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ tripes, pas aux cerveaux. Il regarda la foule. Il vit des visages noirs, blancs, asiatiques, latinos. Il vit la diversité génétique qu'il avait méticuleusement sélectionnée via l'algorithme "Noah". Il vit Nyla et Tundé, dissimulés au fond, propres mais nerveux, serrant leurs sacs comme des bouées de sauvetage. Il vit Amara, rigide au ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ premier rang comme un soldat, consultant sa montre toutes les trente secondes, calculant déjà l'efficacité du départ. Il vit Makena, les yeux clos, semblant écouter une musique invisible, pieds nus malgré le règlement strict de la base. Il vit Jaxx, vérifiant les verrous des portes latérales, paranoïaque et professionnel, la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ main près de son holster vide. Sètondji s'approcha du micro. Le larsen coupa le dernier chuchotement, strident comme un cri. — Regardez vos pieds, dit-il. La foule hésita, surprise par l'ordre banal. Puis mille têtes se baissèrent dans un bruissement de tissu synthétique. — Vous voyez ce béton ? C'est la dernière chose "solide" ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ que vous toucherez avant six mois. C'est la dernière fois que vous touchez la Terre. C'est votre dernier contact avec le sol qui vous a vus naître. Il marqua une pause, laissant le poids des mots s'installer, lourd comme du plomb. — Regardez vos mains. Ils regardèrent leurs mains. Des mains de chirurgiens, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ de soudeurs, de botanistes, de pilotes. Des mains calleuses, des mains douces, des mains vieilles et jeunes. — Ce ne sont plus des mains de terriens. Ce ne sont plus des mains de médecins, d'ingénieurs ou de fermiers. Ce sont des mains de bâtisseurs. Des mains d'architectes du vide. Ce sont ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ les outils qui sculpteront la prochaine ère. Sètondji leva les yeux, fixant l'immense coque du vaisseau qui se dressait derrière lui, titan d'acier et de céramique prêt à déchirer le ciel, vibrant déjà sous la puissance des réacteurs en préchauffage. — On vous a dit que nous fuyons. On vous a dit ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ que nous sommes des lâches qui abandonnent un navire en train de couler pour sauver notre peau. On vous a traité de traîtres à l'espèce, d'élus égoïstes qui volent les ressources pour s'enfuir. Un murmure parcourut l'assemblée. C'était vrai. On leur avait craché dessus à l'entrée de la base. Certains avaient ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ reçu des pierres. Des amis les avaient reniés. — Ils ont tort. Nous ne fuyons pas. Nous partons en éclaireurs. Nous portons la graine. La Terre est notre mère, mais une mère ne garde pas ses enfants dans son ventre éternellement. Si elle le fait, si elle refuse de couper le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ cordon, ils meurent étouffés. L'accouchement est douloureux. Il est sanglant. Il est terrifiant. Il y a des cris et des déchirures. Il tendit le bras vers le vaisseau comme un prophète désignant la Terre Promise. — Ceci n'est pas une arche de Noé. Nous ne sommes pas là pour conserver le passé ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ dans du formol, pour recréer une petite Amérique ou une petite Afrique sous un dôme stérile. Nous sommes là pour inventer l'avenir. Et l'avenir, mes amis, ne ressemblera pas au passé. Il ne sera pas confortable. Il sera étrange. Il baissa la voix, obligeant la foule à se tendre vers lui, ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ créant une intimité paradoxale avec mille personnes. — Il faudra changer. Il faudra s'adapter. Il faudra peut-être... ne plus être tout à fait humains pour survivre là-bas. Sur Mars, il y a moins de gravité, plus de radiation. Nos os devront changer, notre sang devra changer. La morale de la Terre ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ ne suffira pas. Sur Mars, il n'y aura pas de lois, seulement des conséquences. La gravité est la seule loi qui ne se négocie pas. Il prit une grande inspiration, sentant l'odeur du kérosène et de la peur. — Je ne vous promets pas la sécurité. Je ne vous promets pas le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ confort. Je vous promets la souffrance. Je vous promets le doute. Je vous promets que vous maudirez mon nom quand les filtres à air tomberont en panne, quand l'eau aura un goût de métal, ou que la nostalgie vous prendra à la gorge en pleine nuit. Mais rappelez-vous du "Code ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ du Vide" : ce qui ne nous tue pas nous mute. Il sourit, un sourire terrible et magnétique qui avait convaincu des banquiers et des rebelles, un sourire de requin messianique. — Je vous fais le serment suivant : tant que je respirerai, ce vaisseau avancera. Tant que je serai debout, l'Humanité ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ ne s'éteindra pas aujourd'hui. Nous serons les dieux d'un nouveau monde, ou nous serons ses fossiles. Mais nous ne serons pas des victimes. Nous ne mourrons pas à genoux dans la boue en attendant la fin. Il leva le poing. — Qui monte avec moi ? Un silence. Lourd. Épais. Puis, une voix. Une ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ voix jeune, peut-être celle de Folli, tremblante mais claire. — Nyame Dua ! Puis dix. — Nyame Dua ! Puis mille. — NYAME DUA ! NYAME DUA ! Le cri fit trembler les tôles du hangar, couvrant le bruit des émeutes au-delà des murs, couvrant le grondement du tonnerre tropical. Le chant de ralliement. L'Arbre de ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ Dieu. Sètondji descendit de l'estrade, les jambes molles. Il tremblait, mais personne ne le vit car il marchait droit. Amara s'approcha de lui, tendant une bouteille d'eau. — C'était... théâtral, dit-elle, analysant la scène. Mais efficace. Rythme cardiaque moyen de la foule : 120. Dopamine et ocytocine en hausse. Ils sont en état ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ d'hypnose collective. Ils sont prêts à vous suivre en enfer. — C'est exactement là où nous allons, Docteur Diop, répondit Sètondji en buvant une gorgée. L'enfer est la seule route vers le paradis. Et je serai votre charron.


IV. Le Jugement (Présent)

Sètondji arriva devant la cellule d'isolement du Secteur Bio, ses ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ pensées encore imprégnées de l'écho de ce jour-là. Les couloirs du Secteur Bio pulsaient d'une lumière verte d'alerte. Les techniciens couraient, masque sur le visage. Amara l'attendait, les bras croisés, son visage fermé comme une porte de prison, ses yeux lançant des éclairs froids derrière ses lunettes de protection. Makena était là ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ aussi, assise en tailleur par terre devant la porte, sereine, jouant avec un collier de graines rouges, chantonnant une mélopée inaudible. — Monsieur, commença Amara sans préambule, sa voix tranchante comme un scalpel. La situation est critique. Le patient Kassi présente une infection systémique de nature inconnue. C'est une menace biologique ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ de classe A. Le protocole "Andromède" exige l'élimination du sujet. Je demande l'autorisation de l'euthanasier avant que la contagion ne se propage aux systèmes de vie. Et je demande l'arrestation de Makena pour bioterrorisme et expérimentation illégale sur humain. Makena ne bougea pas. Elle leva simplement les yeux vers Sètondji. — Il ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ n'est pas malade, Père, dit-elle doucement. Il est le premier. Il est la réponse à ta prière. Sètondji regarda à travers la vitre blindée de la cellule. Kassi était attaché sur le lit médical par des sangles de contention. Mais il ne se débattait pas. Il ne criait pas. Il regardait le ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ plafond avec un sourire extatique, une béatitude qui frisait la lobotomie. Son bras gauche était vert. Non, pas vert maladif, pas gangreneux. Vert émeraude. Vibrant. Vivant. La peau avait changé de texture, devenant rugueuse comme une écorce souple. Une petite feuille, délicate et translucide, se déroulait doucement sur son poignet, cherchant la ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ lumière du néon comme un tournesol cherche le soleil. Sètondji sentit un choc dans sa poitrine, un mélange de terreur atavique et d'émerveillement scientifique. Il avait lu les théories, mais voir la chair se faire plante était... biblique. C'était monstrueux. Et c'était magnifique. — Il souffre ? demanda Sètondji, sa voix rauque. — Ses constantes ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ vitales sont... aberrantes, dit Amara avec dégoût, tendant sa tablette recouverte de graphiques chaotiques. Son taux d'oxygène sanguin est à 150%. Il est en hyperoxie permanente ! Il photosynthétise, Sètondji ! Il produit son propre sucre ! Mais son humanité s'efface. Ses ondes cérébrales ne ressemblent plus à celles d'un ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ humain, elles sont lentes, synchronisées, elles ressemblent à... à une forêt sous le vent. Il n'est plus Kassi. Il est une plante qui rêve qu'elle est un homme. — C'est le but, dit Makena en se levant, fluide comme de l'eau. Mars n'a pas d'oxygène. Si nous pouvons le fabriquer avec ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ notre peau... nous n'avons plus besoin de scaphandres. Nous n'avons plus besoin de dômes. Nous sommes libres. J'ai donné à Kassi la clé de la liberté. J'ai fait de lui un roi. — Libres d'être des monstres ! cria Amara, perdant son calme habituel, ses mains tremblant de rage. Ce n'est ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ pas l'évolution, c'est de l'abomination ! C'est une transgression de toutes les lois éthiques ! Sètondji, tu ne peux pas valider ça. C'est la fin de notre espèce. Si tu laisses faire, dans dix ans, il n'y aura plus d'humains sur ce vaisseau, seulement des hybrides végétaux sans conscience ! ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ Tu veux régner sur un jardin de légumes mutants ? Sètondji posa sa main sur la vitre. Kassi tourna la tête lentement, un mouvement fluide, trop lent pour être humain. Il le regarda. Ses yeux... ses yeux n'avaient plus de blanc. Ils étaient entièrement verts, sans pupille, des puits de chlorophylle ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ liquide. Il se souvint de son discours. Il faudra ne plus être tout à fait humains. Il se souvint d'Aya, dans son caisson de glace, attendant un remède qui n'existait pas encore. Peut-être que le remède pour Aya n'était pas de réparer ses neurones endommagés. Peut-être que le remède était de lui donner ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ de nouvelles racines. Il se tourna vers les deux femmes. Les deux visages de son âme. La Raison et la Foi. La Science et la Magie. Il les aimait toutes les deux, mais il devait choisir qui allait guider l'avenir. — Docteur Diop, dit-il calmement. — Oui, Monsieur ? Préparez l'injection létale ? ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ Je l'ai déjà chargée. C'est indolore. — Non. Amara écarquilla les yeux, reculant d'un pas comme si elle avait été giflée. — Quoi ? Vous... vous plaisantez ? — Levez l'isolement. Laissez Makena s'occuper de lui. Transférez-le dans la Serre Eden sous haute surveillance. — Vous êtes fou ! C'est un mutant ! Il est ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ potentiellement contagieux ! C'est un risque existentiel ! — Est-ce que cette... transformation... est transmissible par l'air ? — Non, les spores semblent lourdes, transmission par contact direct avec les muqueuses ou le sang, admit Amara à contrecœur. — Alors personne ne le touchera sans son consentement et sans protection. Mais nous n'allons ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ pas tuer l'avenir parce qu'il nous fait peur. Nous sommes des explorateurs, Amara. L'exploration inclut notre propre chair. Si Kassi survit, il est la preuve que nous pouvons changer. Il regarda Makena. — Continuez vos recherches, ma fille. Mais Kassi reste en quarantaine stricte dans la serre. Si une seule spore sort ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ sans autorisation, si un seul autre membre d'équipage est "infecté" sans mon ordre direct... je brûle tout. Eden compris. Je stérilise le pont 3 au plasma. C'est clair ? Makena inclina la tête, soumise mais victorieuse, un sourire énigmatique aux lèvres. — C'est clair, Père. Le jardin respectera tes murs. Pour l'instant. Amara ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ tremblait de rage, ses jointures blanches sur sa tablette. — Vous faites une erreur, Sètondji. Une erreur historique. Vous ouvrez la porte à quelque chose que vous ne pourrez pas contrôler. Ce n'est plus le Nyame Dua. C'est le laboratoire d'un savant fou. Je consignerai mon objection officielle dans le journal ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ de bord. Et je refuse de participer à cette folie. — Faites donc, Docteur. L'Histoire jugera qui de nous deux avait la vision la plus claire. Et l'Histoire est écrite par les survivants. — Nous sommes tous fous ici, Amara, dit Sètondji en se détournant, sentant le poids de la fatigue écraser ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ ses épaules. C'est pour ça qu'on a quitté la Terre. Seuls les fous ont cru qu'on pouvait partir.

Il marcha dans le couloir, seul, sa canne claquant rythmiquement sur le sol métallique. Il avait tranché. Il avait choisi le monstre. Il avait choisi la possibilité qu'Aya puisse un jour marcher sur Mars sans ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ masque, même si elle devait avoir la peau verte pour le faire. Il espérait juste que le monstre se souviendrait de qui l'avait sauvé. Et qu'il ne mangerait pas son créateur. Il sortit son dictaphone vintage, un objet anachronique qu'il gardait comme un talisman, une relique d'une époque où la mémoire était ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ magnétique et non quantique. Il pressa le bouton d'enregistrement avec un pouce tremblant, le clic mécanique résonnant comme un coup de feu dans le silence aseptisé. — Entrée de journal 241. Sujet Kassi validé. Risque... incalculable. J'ai condamné un homme à devenir une plante pour que nous puissions respirer. Que Dieu ​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​​‌‌​​​​‍​‌‌​​​‌​‍​‌‌​​​​‌‍​‌‌​​‌​‌‍​‌‌​‌​‌‌‍​​‌‌​‌​‌ nous pardonne, s'Il a réussi à prendre la navette suivante. Et s'il ne l'a pas fait, alors que le Diable nous accueille, car nous avons transformé son Enfer en Jardin.

(Fin du Chapitre 13)